Lutte pour la préservation de la biodiversité au Bénin
Saturday 10 May 2008
Faire de la sauvegarde des tortues marines une priorité nationale
Facteur essentiel dans la conservation de la biodiversité marine, La tortue marine se trouve dans une spirale de menaces à l’échelle mondiale.
Jean-Claude D. Dossa
«Il est fort possible que notre pays ne dispose plus dans ses eaux de tortues marines d’ici quelques années si aucune mesure n’est prise pour sauvegarder leur espèce ». Ce cri d’alarme est celui de Joséa S. Dossou-Bodjrenou, naturaliste vétérinaire de formation. Conservateur du Musée « Nature Tropicale ONG » qui a élaboré un programme pour la sauvegarde de cette espèce animale, Joséa Dossou-Bodjrenou milite avec son organisation depuis 1998 pour mobiliser l’attention des autorités et des populations sur l’urgence d’œuvrer à la préservation des tortues marines sur le littoral béninois et dans la sous région. Déclarées espèce en voie de disparition à l’instar des Lamantins d’Afrique, des baleines et des dauphins, les quatre espèces de tortues marines connues sur la côte béninoise lient leur pérennisation pour l’équilibre de la biodiversité au Bénin à une prise de conscience de toutes les composantes de la société.
Une espèce menacée
Au Bénin comme dans la plupart des pays africains où elles sont présentes, les tortues marines voient leur survie se heurter à de nombreuses menaces.
Selon les propos du conservateur du Musée Nature Tropicale, ces menaces sont de plusieurs ordres mais surtout anthropiques c’est-à-dire liées aux actions de l’homme.
En effet, dans ses activités de pêche, l’homme met en péril la survie des tortues marines à travers des engins destructeurs tels que l’abandon des filets en mer notamment par les chalutiers autorisés que clandestins. Il en est de même pour la prédation humaine qui consiste pour les populations riveraines à capturer les bébés de tortues marines, les femelles gravides dont les seuls lieux de nidification sont les côtes ou encore à ramasser leurs œufs.
Phénomène non moins dangereux pour cette espèce migratrice, la forte urbanisation observée ces dernières années sur la côte béninoise avec la construction anarchique d’habitations et d’infrastructures touristiques sur les plages et probablement la mise en oeuvre du gigantesque projet de la « Route de Pêche » entre Cotonou et Ouidah pour faire du Bénin une destination touristique de premier choix sur le continent.
De même, les activités de l’homme le long du littoral sont aussi des facteurs à la pollution organique due aux déversements incontrôlés des déchets domestiques et municipaux dans les zones humides et surtout les débris et sacs plastiques ; toutes choses qui ont pour conséquence la présence sur la côte des chiens errants, des porcs et des reptiles, prédateurs qui détruisent les nids des tortues marines et capturent leurs bébés.
En outre, la population des tortues marines est fortement menacée par l’érosion côtière - phénomène considéré à tort comme naturel- qui est causée par le ramassage incontrôlé du sable marin sur certaines plages ; toute chose qui entraîne la dégradation de l’habitat marin. Ces facteurs expliquent les nombreuses craintes des chercheurs et des organisations de préservation de la biodiversité au sujet de la présence des tortues marines dans les eaux de notre pays pendant les prochaines années.
Et pourtant, conscient de l’enjeu que représente la sauvegarde des tortures marines, le gouvernement béninois est partie à de nombreuses conventions et textes à cet effet.
Urgence de faire appliquer les textes
Convention sur la Diversité Biologique, Convention d’Abidjan, Convention sur les espèces migratrices (CMS), Mémorandum d’Accord sur les Mesures de conservation des tortues marines de la côte Atlantique de l’Afrique et la Convention relative aux zones humides d’importance internationale particulièrement comme habitat des oiseaux d’eau (Convention Ramsar)… sont quelques uns des textes auxquels a adhéré le Bénin dans la perspective de pérenniser les tortues marines sur sa côte. Cette volonté ne transparaît malheureusement pas toujours sur le terrain de la lutte contre les prédateurs de la chaire de cette espèce migratrice.
D’ailleurs, cette espèce animale continue d’attiser les appétits des pêcheurs et des populations riveraines qui en font pour les uns une source génératrice de revenus pour lutter contre la pauvreté ambiante et pour les autres une source de protéine animale. A ce jour, aucune disposition légale ne permet des poursuites pénales contre les auteurs de la chasse aux tortues marines afin de les dissuader de persévérer dans la diminution de la population des tortues marines au Bénin.
Devant cette situation qui met en péril la survie des tortues marines, le gouvernement a décidé de solliciter l’expertise des structures privées afin de l’épauler dans son combat. Au Bénin, c’est à l’Organisation Non Gouvernementale (ONG), « Nature Tropicale » qu’incombe la responsabilité de la mise en œuvre de stratégies de lutte en vue de la préservation de cette espèce animale. A cet effet, les responsables de cette ONG ont conçu au cours de l’année 1998 un programme dénommé « Programme Tortues Marines de l’Atlantique ».
A travers ce programme, l’ONG Nature Tropicale vise, aux dires de ses responsables, à réaliser plusieurs objectifs notamment le renforcement des capacités nationales pour une meilleure connaissance et conservation des tortues marines, l’incitation de la participation du grand public et la responsabilisation des communautés locales pour la conservation des espèces migratrices, la stimulation des initiatives de conservation des tortues marines par le développement des activités de revenus alternatifs pour les populations locales dépendantes de ces ressources, la mise en place d’un système de valorisation et de gestion durable des tortures marines à travers l’écotourisme et aussi d’aires protégées sur la côte et en haute mer.
Cet engagement se traduit entre autres par la consécration du 8 janvier comme journée annuelle de sensibilisation sur la sauvegarde des espèces menacées de disparition dans notre pays. A cet effet, de nombreuses activités sont organisées pour sensibiliser les différentes couches de la société sur les raisons de préserver ces espèces en vue de sauvegarder l’écosystème béninois intact au profit des générations futures.
Tableau des espèces de tortues connues au Bénin
|
Nom commun |
Espèces (Nom scientifique) |
Noms locaux |
Présence sur le littoral |
Site de nidification |
|
1) Famille des Cheloniidés : |
||||
|
Tortue olivâtre |
Lepidochelys olivacea |
klo, eklo |
Oui |
Oui |
|
Tortue imbriquée |
Eretmochelys imbricata |
klo, eklo |
Oui |
Non |
|
Tortue verte |
Chelonia mydas |
klo, eklo |
Oui |
? |
|
Caouanne |
Caretta caretta |
klo, eklo |
? |
Non |
|
2) Famille des Dermochelyidés : |
||||
|
Tortue luth |
Dermochelys coriacea |
klo, hou, hu agbossegue, |
Oui |
Oui |
? = Reste à confirmer
Source : Nature Tropicale ONG 2008
Au Bénin, la raréfaction de cette espèce animale depuis quelques années suscite de nombreuses inquiétudes. Face à l’ampleur des menaces, l’Etat et certaines organisations de la société civile conjuguent leurs efforts pour garantir aux générations actuelle et future la présence de cette espèce sur le littoral Béninois.