Presse écrite au Bénin

L’amateurisme fait fuir les lecteurs

La presse écrite au Bénin vit de bien sombres moments au Bénin. Cet état de choses est à mettre à l’actif de nombreuses défaillances qui transparaissent à travers la qualité des différentes parutions. L’approximation qui singularise la pléthore de journaux existants, a pour conséquence le grand déclin du nombre déjà faible de lecteurs que compte le pays.

Jean-Claude D. DOSSA
Depuis quelques mois, la commune observation qui se fait dans le milieu de la presse écrite au Bénin est la défection du lectorat. En effet, selon les témoignages de patrons d’organes de presse, les chiffres d’affaires sont en chute libre. Cette situation conduit d’ailleurs certains patrons d’entreprises de presse à se soustraire à leur responsabilité de payer le salaire de leurs agents. Ainsi, selon Alain Z. Adoun, Directeur de publication du quotidien « Le Choix », « la presse écrite ne permet plus depuis quelques années d’arrondir les fins du mois au Bénin. » Toute chose qui explique l’engouement de plus en plus perceptible des journalistes pour les perdiems –sommes offertes aux journalistes à la fin des conférences et autres activités en guise de prime pour la couverture médiatique -au grand dam de la déontologie de la profession et des recommandations de la Haute Autorité des L’Audiovisuel et de la communication (Haac).

Pour certains observateurs du monde de la presse, cet état de fait s’explique aisément.
Pour eux en effet, la profession de journaliste souffre d’une absence de codification, ce qui sert de tremplin à tout individu désœuvré ou en quête d’émotions fortes d’intégrer une rédaction et de se proclamer par voie de conséquence journaliste. Cette situation a pour corollaire de favoriser la baisse de la qualité des analyses dans les articles publiés et surtout la floraison de maisons de presse (quotidiens, hebdomadaires, bi-hebdomadaires, mensuels…) dont la constitution n’est en réalité régie par aucune réglementation.

La faute aux revues de presse
Cette subjectivité dans l’exercice de la noble profession de journaliste ne passe pas inaperçue au sein des lecteurs qui rechignent désormais à faire de l’acquisition d’un journal un impératif catégorique pour s’informer.

Ainsi pour certains lecteurs approchés, cette absence d’informations est vite comblée par les nombreuses revues de presse qui font désormais partie intégrante des recettes des stations de télévisions et de radios pour atteindre un audimat fidèle et nombreux. En cette matière, l’émission « Oxo » de la station de télévision privée Canal 3, les revues de la presse de Lc2, de la chaîne nationale etc. sont devenues des rendez-vous privilégiés pour les spectateurs et les auditeurs qui se conforment à l’analyse souvent erronée des animateurs et autres journalistes en charge de l’animation de ces émissions. La station de radio privée Capp Fm doit selon toute vraisemblance une fière chandelle à l’animateur Dah Houawé qui réussit au quotidien à focaliser l’attention d’une frange importante des cotonois sur sa revue de presse en langue nationale Fon. Cette fulgurance des revues de presse trouve aussi son fondement dans la faible couverture de la majorité des journaux du pays qui limitent leur champ d’action à la capitale économique et ses alentours mais.
Faisant exception à cette réalité, seuls une infime partie des journaux béninois sont connus au delà de la capitale économique Cotonou.

La mauvaise qualité des journaux

La défection du lectorat n’est pas l’apanage des seules des revues de presse. Cette situation trouve aussi et surtout sa raison d’être dans la mauvaise qualité des productions de certains organes de la presse écrite. Il n’est à cet effet pas difficile de voir les manchettes des journaux différer entièrement avec le contenu des articles. Il en est souvent ainsi avec nombreux d’organes qui se spécialisent dans la polémique, la promotion du subjectivisme, le cautionnement de l’amateurisme en leur sein. Le journalisme considéré comme le quatrième (4ème) pouvoir sous d’autres cieux, en raison de son impact sur les populations et son rôle capital dans le processus de consolidation de la paix sociale, paraît à bien des égards loin d’être une réalité avec la presse écrite au pays du roi Béhanzin. D’ailleurs, la qualité des journaux n’est plus un des facteurs d’appréciation d’un organe de presse depuis quelques années.

En effet, l’amateurisme trouve son fondement à la manchette de nombreux journaux. Cela est perceptible à travers la mauvaise alchimie des couleurs, des termes employés souvent de façon vulgaire, le déphasage qui apparaît entre la Une et le corps de l’article etc. dans les journaux. Ceci traduit selon certains observateurs un manque criard de politique commerciale et notamment de marketing ayant pour visée d’attirer les lecteurs mais aussi un réel laxisme des autorités en charge du contrôle des médias au Bénin. Pour eux en effet, la Haute Autorité de l’Audiovisuelle et de la Communication (Haac), organe habilité par les dispositions constitutionnelles à encadrer l’exercice de la profession de journaliste au Bénin, limite ses prestations à des domaines bien restreints.
Ces domaines sont entre autres la délivrance de la carte de presse, l’audition publique des journalistes et chefs d’organes coupables de diffamation ou tout autre délit de presse réprimé par le code de déontologie. C’est donc la conjugaison de ces différentes failles qui expliquent la perte de crédibilité des organes de la presse écrite au Bénin.

La politique ……………..et toujours la politique !

Au Bénin, l’appréhension est commune chez tous les organes de presse écrite. Vouloir rentabiliser, c’est consacrer la majorité ou toutes ses pages aux activités politiques qui se déroulent sur toute l’étendue du territoire national. Il n’y a point de ce fait une parution journalière qui ne relaie à longueurs de pages les mouvements des hommes politiques, qui ne consacrent de longues analyses à leurs faits et gestes, au déplacement des autorités gouvernementales, aux séances parlementaires etc. au détriment des informations
relative à aux faits sociaux, à la culture, à la jeunesse, aux femmes, à l’économie, au sport etc.

Cette consécration totale des pages au monde politique est selon les amateurs des autres rubriques que peut comporter le journal, l’une des multiples raisons qui expliquent la défection constatée au sein du lectorat. D’ailleurs, pour certains jeunes, les journaux béninois se soucient peu de leurs problèmes et aussi des faits éducatifs. Pour eux en effet, la quête du gain est le seul socle sur lequel repose les écrits de la presse écrite. Cela est visible, selon eux, à travers le foisonnement de multiples pages publicitaires dans leurs colonnes. Cette opinion est aussi partagée par nombre de femmes qui reprochent aux organes béninois la faible place laissée à la distraction, à l’éducation… Pour Mlle Geneviève Djogbedé par exemple, la gente féminine n’est pas foncièrement lectrice de faits politiques mais surtout de faits relatifs à la société notamment des faits divers, les rubriques de causerie, de jeu etc. ce qui n’est pas visibles dans bon nombre de quotidiens, hebdomadaires, mensuels béninois.

La mauvaise foi des patrons de presse

« Je suis membre de cet organe depuis déjà quatre (4) ans mais je n’ai pas encore eu la chance de recevoir une seule fois mon salaire mensuel ». C’est ce que nous confie M.D. quand on lui pose la question de savoir le montant de son salaire mensuel. A l’instar de ce journaliste dont la vigueur de la plume est saluée par nombre de lecteurs, ils sont nombreux les journalistes qui ne perçoivent pas de salaire en contrepartie de leurs efforts pour apporter l’information aux béninois. Cette situation est selon l’avis des principaux concernés la raison principale de la « course aux perdiems » constatés lors de différentes cérémonies, rassemblements, meetings, réunions, conférences, baptêmes, déclarations etc. qui se déroulent dans la capitale économique ou à l’intérieur du pays. C’est en effet exceptionnel qu’au cours d’une de ces manifestations, les organisateurs ne soient submergés par une horde de « journalistes » en quête de billets de banque avant de porter les informations issues de ladite manifestation à la connaissance du grand public. Pour Michel Pascal, expatrié exerçant au Bénin depuis six (6) ans en tant que conseiller en communication pour une grande organisation non gouvernementale (Ong) de la place, le comportement des journalistes de la presse écrite au Bénin est scandaleux. Pour cet expert de la communication qui a exercé pendant plus de vingt cinq (25) ans dans un grand quotidien nord américain et qui a parcouru de nombreux pays dans le cadre de son activité, aucune crédibilité ne peut être réellement préservée si le journaliste est assujetti à un geste financier de la part des organisateurs. Cela est d’autant plus vrai qu’un tel informateur ne peut être que partial. Cependant, quelques uns –les plus chanceux- témoignent recevoir de leur organe un salaire variant bien souvent entre 30 et 70 mille au terme de leurs labeurs mensuels. Ces derniers se caractérisent par un trait commun : ils appartiennent aux plus anciens organes du pays qui se sont imposés au lectorat béninois grâce à la pertinence de leurs écrits. Parmi ce lot d’organe, il est aisé de citer La Nation, Le Matinal, le Républicain, l’Autre Quotidien, l’Evénement Précis, Fraternité etc. A cet aspect peu reluisant de la vie des journalistes, il faut ajouter l’absence de déclarations à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale ; toute chose qui expose ces derniers à une vie d’une précarité désolante.

Une telle situation paraît à priori paradoxale dans le cas de certains organes d’autant plus que leurs pages quotidiennes font la part belle aux publicités et autres activités commerciales dont la finalité est de renflouer les caisses de l’entreprise. S’il est vrai que de nombreuses contraintes sont à signaler au nombre desquelles les factures d’électricités, l’achat et l’entretien des matériels de travail, l’impression, les impôts entre autres, il n’en demeure pas moins que le facteur humain fait l’objet d’une négligence coupable des promoteurs ou propriétaires de maisons de presse. Ces derniers en effet, en se souciant peu des difficultés de leurs employés pour subvenir à leurs besoins les plus élémentaires notamment le déplacement pour quérir l’information, l’habillement, la nourriture, les soins médicaux etc. se muent en vrais complices de la bonne santé de l’amateurisme dans la presse écrite béninoise.

Le vent impétueux du Changement qui souffle depuis quelques temps sur le Bénin ne doit pas épargner la presse écrite s’il aspire, conformément à son slogan, à faire jouer pleinement aux différents acteurs de la vie nationale le rôle qui leur incombe. Le dernier classement des Reporters Sans Frontières (Rsf) qui montre une chute du Bénin doit servir de tremplin à la mise en œuvre d’une réelle politique de valorisation de la profession de journaliste au Bénin. Il y va d’une réelle émergence du pays.


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